Déc
01
2015

Diagonale des Fous 2015

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La pression, certes…mais toujours la Banane!

Jeudi 22 octobre…enfin le grand jour…le départ de la fameuse Diagonale des Fous, cette course mythique dont on parle depuis 2 ans avec Juju, LA course de mes 50 ans ainsi que ceux de Bibou, la course pour laquelle on s’est plus ou moins bien préparés chacun…en tout cas, ce jeudi après midi, la pression monte sérieusement!

18h45, après le contrôle de nos sacs, nous entrons dans le sas de départ: un pré dans lequel nous nous posons pour patienter jusqu’à l’heure du départ.


22h, enfin le départ…nous sommes parmi ces 2700 coureurs environ!!! L’ambiance est tout simplement hallucinante: des milliers de supporters dans les rues de Saint Pierre qui encouragent tous les raideurs, un feu d’artifice… Un truc de dingue!!!

Après quelques kilomètres dans la ville, nous attaquons l’ascension de Piton Sec et atteignons Domaine Vidot en avance sur notre horaire prévisionnel…heureusement car nous allons ensuite être bloqués dans un bouchon pendant 1h15! Tous les coureurs restent zen malgré l’agacement, Bibou en profite même pour nous faire un magnifique concert de pets! Enfin, nous passons cette petite descente extrêmement raide en se tenant aux arbres et le peloton, de nouveau s’étire, l’ascension reprend tranquillement jusqu’à Notre Dame de la Paix, bref ravitaillement et nous repartons.

Les choses vont malheureusement commencer à se compliquer pour Juju, atteint d’un gros coup de mou. Le sentier grimpe sans difficultés, je reste sur mon rythme et lâche donc mes 2 acolytes…dommage. J’atteins Piton Sec au lever du jour…SOMPTUEUX!!!! Le volcan vient apparemment de se réveiller car je distingue une grosse fumée au loin dans le rougeoiement du lever de soleil, spectacle vraiment grandiose! J’enchaîne et attaque donc la montée vers Piton Textor, 40km et 2686m D+ et je me sens super bien, parfait! Arrive ensuite la première grande descente jusqu’à Mare à boue, la descente est un peu technique mais passe bien quand même. Petite remontée jusqu’à la Plaine des Cafres puis coteau Maigre histoire de ne jamais oublier le D+ et avec quand même quelques échelles pour la fin puis plongée vertigineuse vers Mare à Joseph…première descente infernale, ultra technique avec des grandes marches de pierres, racines, 800mD- en 3km…un enfer!!! J’arrive enfin à Cilaos à 13h30, en avance sur mon horaire mais surtout soulagée d’avoir terminé cette descente!!! Je récupère mon sac assistance, me change, lis mes sms (le bonheur…sauf ceux échangés avec Sophie qui m’apprend que Juju pense abandonner à Cilaos), retrouve les parents de Bibou qui me ravitaillent car le repas servi est constitué de pâtes et eux, ont des gamelles de riz…un vrai régal!!!


J’ai déjà parcouru 67 km et 3525m D+ mais physiquement, je me sens extraordinairement bien, comme si j’avais juste fait un footing de 3h, hallucinant! Je me dis que j’aurai probablement un coup de mou à un moment ou un autre mais pour le moment, je suis au taquet!
15h…il est peut être temps que je reparte…j’ai même exagéré sur la durée de cette pause!

Descente vers Cascade Rouge…facile, on l’a faite en reconnaissance avec Bibou puis attaque du Taibit: les ascensions raides démarrent: succession de lacets très serrés avec beaucoup de grandes marches…1140m D+ en 6km, ça chauffe les cuisses mais ma vitesse verticale que je surveille grâce aux indications données par Juju oscille toujours entre 600 et 700m/h donc parfait!


Arrivée au col, je vais descendre dans le cirque de Mafate, descente raide (400mD- en 2km) jusqu’à Marla où j’arrive à la tombée de la nuit. Des coureurs dorment, je commence à me lasser d’être seule, il me reste encore un gros bout de descente jusqu’à Grand Place (20km), je me dis que je devrais peut être essayer de faire un petit somme. Je m’installe sur l’espace aménagé (grande toile posée au sol) avec une couverture, programme mon téléphone et essaie de dormir…impossible!!! C’est bruyant, j’ai froid, pas sommeil…au bout d’une demi heure, je décide de repartir après avoir quand même mangé un peu de soupe et riz/saucisse.

J’entame donc cette immense descente dans la nuit noire, seule. Je cours tant que je peux pour me réchauffer en essayant de laisser partir mon esprit mais je dois rester vigilante sur mes appuis. Arrivée à la rivière des galets, petite ascension de 200m D+ jusqu’au col des Boeufs puis grande descente de 1200m D- en 12km…inutile de vous préciser que certains passages vont être très raides, dangereux car le vide n’est pas loin et la pose des appuis encore moins sûre de nuit. Je suis un moment 3 gars très sympas de Béziers ayant un bon rythme dans la petite ascension menant à La Plaque, ça fait du bien au moral de discuter mais ils sont moins en forme que moi et ne courent plus dans les descentes alors je finis par les lâcher après Ilet à Bourse et poursuis cette descente de nouveau seule. La solitude et la lassitude commencent sérieusement à me peser, j’arrive à Grand Place les Bas , 99km et 5700m D+ déjà parcourus mais le moral dans les chaussettes. Toujours pas sommeil alors je repars rapidement vers la montée du Maïdo.

Je trouve alors un gars qui entame l’ascension doucement, je me cale derrière lui…et on commence à discuter. Il s’appelle Fabrice, il est seul lui aussi, envahi lui aussi par la lassitude, 50 ans lui aussi…suffisamment de points communs pour que le courant passe très bien entre nous et nous poursuivons cette ascension très raide vers Grand Place le Bloc (300mD+ en 1,5km) en alimentant perpétuellement la discussion…du coup, le moral remonte, ainsi que la vitesse! Au ravitaillement,  nous découvrons nos 2 visages (rigolo ce moment) et décidons de continuer ensemble. Heureusement car la petite descente jusqu’à la Roche Ancrée se révèle bien dangereuse (400m D- en 2km) et l’ascension jusqu’à Roche Plate bien raide (500m D+ en 4km), ces difficultés avec ces grandes marches de pierres, racines….passant beaucoup mieux à deux!

Arrivés à Roche Plate, Fabrice ressent vraiment le besoin de dormir…il est 5h du matin, nous sommes en course depuis 31h…normal que le sommeil se manifeste. Nous décidons donc de nous installer au pied d’un arbre, sous nos couvertures de survie. Lui a la chance de s’endormir en 3 secondes, pas moi. Il se réveille au bout d’un quart d’heure…je n’ai toujours pas dormi! Il me dit alors “pas de souci, on repartira plus tard, quand tu auras dormi”…phrase d’un véritable coéquipier et qui a dû suffire à me détendre car le sommeil est enfin venu! On se réveille à 6h, l’esprit encore ensommeillé mais motivés pour repartir…et alors là…on se découvre une “pêche” d’enfer. On reprend l’ascension vers Maïdo, pourtant bien raide, à  un rythme très soutenu, doublant tous les raideurs, surpris, qui nous demandent ce que l’on a pris, et à qui on répond:”On a dormi!!!”. Je suis même obligée de nous freiner car nous avons tout de même 1000mD+ à gravir en 6km… Nous enchaînons donc les lacets avec des marches, des marches, des mains courantes pour les passages les plus périlleux jusqu’à la Brèche. Après, la montée, toujours aussi éprouvante, s’effectue à flanc de paroi avec une vue splendide sur le cirque de Mafate; le soleil tape bien, il fait chaud mais nous ne mettrons que 2h à atteindre le sommet!


Au ravitaillement de Maïdo, nous récupérons notre 2ème sac et faisons une grosse pause avec lavage et soin des pieds, changement de chaussettes… nous décidons de ne pas changer de chaussures…erreur. Fabrice me redemande alors en combien de temps je “visais” cette Diagonale; nous sommes à ce moment là sur 51h. Il me regarde et me dit “on va aller les chercher tes 50h.” Un teigneux…normal qu’on se soit si bien entendu!

On sait qu’on en a fini avec les grosses ascensions; il nous reste certes 50km mais le plus dur est fait! On attaque donc la longue descente qui doit nous mener à Sans Souci (13 km et 1350m D-). Les premiers kms se font sur le single parcouru en reconnaissance avec Bibou, très sympa et roulant: pur plaisir car nous courons…contrairement à la plupart des raideurs qui marchent et que nous doublons! Après Ilet Alcide, nous retrouvons une piste forestière et terminons donc cette descente en continuant à courir…jusqu’à Sans Souci où nous retrouvons avec un immense plaisir notre fan club: Juju et Bibou en assistants et Mina, Guy et Colette en  supporters! Fabrice, qui entend parler des Bananacube depuis de nombreuses heures fait enfin la connaissance de ces 2 spécimens qu’il trouve d’ailleurs très attentionnés à mon égard…l’esprit Bananacube!


Nous faisons une pause assez longue, heureux de discuter et repartons encore plus reboostés, bien décidés à continuer à grignoter des places et du temps puisque nos jambes courent encore!


Succession de montées/descentes (avec quand même 650m D+ et 470m D-) jusqu’à la rivière des Galets puis chemin Ratineau. Nous avançons toujours à un bon rythme malgré les 135km et 8550m D+ déjà parcourus. Nous rejoignons ensuite le chemin de la Kalla avec une petite portion de descente extrêmement pentue et technique, on avance d’arbre en arbre. Nous continuons ensuite la descente vers La Possession en reprenant notre rythme de course donné par Fabrice et en continuant à doubler un grand nombre de raideurs. Au ravitaillement, nous retrouvons de nouveau  nos 2 assistants qui nous offrent…des fraises fraîches (je crois que je n’ai jamais autant apprécié les fraises) et Fabrice retrouve également sa chérie. Encore un moment de bonheur qui nous porte! Il ne nous reste plus que 20km!


Nous repartons, prêts à affronter le chemin des Anglais et ses pavés. La montée est raide mais passe plutôt bien, notre vitesse ascensionnelle ne diminue pas et nous gravissons ses 300m D+ assez aisément avant de redescendre, toujours sur ces pavés, jusqu’à la Grande Chaloupe où nous attendent nos assistants. Juju fait même la  fin de la descente avec nous…un régal! La nuit tombe, nous allumons nos frontales et profitons du ravitaillement pour souffler un peu, la fatigue commence vraiment à se faire sentir…normal je crois! Nos super assistants prennent en charge la gestion de nos sacs, nous vident tout ce dont on n’a plus besoin, remplissent nos camels. Je n’arrive plus à manger, Fabrice prend donc du coca dans sa gourde, seul aliment sucré qui passe encore.

Nous repartons les traits tirés mais en se disant qu’on est presque au bout, il  ne nous reste plus que l’ascension jusqu’à Colorado (650m D+) puis la descente vers la Redoute…14km pour boucler cette Diagonale. Nous sommes sur les temps de 49h, Fabrice veut aller chercher les 48h. On décide donc que je prenne la tête pour la montée, en allant le plus vite possible et là…incroyable, mais on parvient à augmenter notre vitesse ascensionnelle malgré les glissades dans les ornières car une petite pluie fine s’est mise à tomber. Juju nous attend en haut de Colorado, derniers précieux encouragements avant d’attaquer la dernière descente. Au ravitaillement, je m’aperçois que je n’ai pas le tee shirt avec lequel nous devons obligatoirement franchir la ligne d’arrivée, j’appelle donc Juju pour qu’il se débrouille pour m’en trouver un (et je sais qu’il trouvera!!!).

Nous repartons, toujours sous la pluie, mais sachant que nous sommes vraiment près du but: 4km de descente…mais 4 km d’enfer. Avec la pluie, le terrain est devenu extrêmement glissant, j’en fais très vite l’expérience par une magistrale chute sur les fesses au tout début de la descente qui va, en plus, devenir très très raide, tellement raide et glissante que nous descendons le long du chemin, d’arbre en arbre ou sur les fesses. Le sentier devient ensuite un peu moins pentu mais toujours très technique et nous devons souvent franchir ces marches de pierres, racines…sur les fesses. Fabrice commence à avoir mal aux genoux mais l’arrivée se rapproche…nous aurons mis 1h30 à venir à bout cette descente!

Enfin, nous franchissons l’arche, main dans la main, épuisés mais tellement émus, heureux, fiers…difficile de décrire le ressenti mais c’est un moment EXCEPTIONNEL!


Nous avons  survécu à cette Diagonale des Fous en 48h49, 759 et 760èmes au sratch, 6/49 V2F pour moi et 101/329 V2H pour Fabrice… très fiers de notre performance!


Nous avons vécu des moments fabuleux parmi des paysages à couper le souffle et tellement d’émotions et de sensations différentes: joie, rires, engouement, émerveillement, rage, fatigue, solitude, lassitude, complicité, compassion, sommeil, difficultés, douleurs… Ma rencontre avec Fabrice a été un pur bonheur et a complètement modifié ma deuxième partie de course. Nous étions au même rythme et avons le même tempérament. Sans lui, j’aurais été au bout mais pas en 48h!

Quelques apprentissages pour la prochaine puisque bien sûr, je vais revenir avec Juju, Bibou et probablement d’autres: avoir au moins un assistant sur la 2ème partie de course est vraiment un plus, changer de chaussures car les sentiers sont tellement techniques qu’à la fin , on sentait que l’amorti de nos runnings n’était plus aussi efficace et surtout partir avec quelqu’un de son niveau pour faire la course à deux!

Written by Annick in: Trail | Étiquettes :

Un commentaire »

  • Capt'ain dit :

    C’est vraiment un beau trail ! Nous aussi on est fiers de toi 😉 Super prépa et un mental à toute épreuve. C’est bien parti pour le MDS 2016 !

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